20 Déc

Luther et les petits groupes

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Ce titre pourrait surprendre certains. Commençons par l’expliquer.
Tout d’abord, Luthb_1_q_0_p_0er : nous fêtons en cette fin d’année 2017, les 500 ans de la Réforme. En octobre 1517, Luther afficha ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg. Fait symbolique fort que l’on retient donc pour marquer le début de la Réforme.
Ensuite, les petits groupes : depuis maintenant plusieurs années, au sein de la Fédération des Églises adventiste du 7ème jour du Sud de la France, nous encourageons les petits groupes, groupes de maison, Églises de maison. Ce site internet permet par exemple de développer cela. Alors OK pour ces deux éléments, mais comment les rassembler ?

Eh bien, Luther en son temps a encouragé les petits groupes :

« Ceux qui veulent être sérieusement chrétiens et confesser l’Évangile en actes et en paroles devraient s’inscrire nominalement et s’assembler à part, dans une maison quelconque, pour la prière, pour lire, baptiser, recevoir le sacrement et pratiquer les œuvres chrétiennes ». Martin LUTHER, Œuvres, vol. 4, Genève, Labor et Fides, 1958, p. 211-212.

Concrètement, Luther considère ce temps de rencontre dans les maisons, comme la troisième forme de culte. Il y avait déjà la messe en latin, puis celle en allemand induite au travers de la Réforme afin que tout le monde comprenne. On n’a pas vraiment d’éléments pour comprendre les motivations de Luther a encouragé cela. Toutefois, il mentionne la difficulté à mettre en place une telle forme de culte. Ceci est lié à la définition de l’Église selon la Réforme est :

« L’Église est l’assemblée de tous les croyants auprès desquels l’Évangile est prêché purement et les saints sacrements administrés conformément à l’Évangile ».

Cette définition de l’Église est formulée à l’article 7 de la Confession d’Augsbourg (1530). On peut tout d’abord noter que l’Église est une assemblée de croyants, d’être vivant. Faisons remarquer afin d’éviter tout malentendu, que lorsqu’on parle d’Église, l’Église n’est pas un bâtiment !

Ensuite, les actes concrets vécus par les croyants en Église sont la prédication de l’Évangile et l’administration des sacrements (actes pastoraux : le baptême, le service de communion (incluant la Cène et le lavement des pieds), le mariage, la présentation d’enfants, les obsèques et la prière pour les malades). Ces deux actes sont qualifiés, c’est-à-dire qu’ils doivent être fait d’une certaine manière « purement » et « conformément ». Et c’est là qu’est la difficulté concrète de vivre l’Église dans les maisons comme l’encourage Luther. Cette « pureté » et cette « conformité » ont induit qu’il fallait des personnes compétentes pour faire ces actes. Ces personnes compétentes et formées sont les pasteurs. Dans la pensée de la Réforme, ceux qui peuvent prêcher l’Évangile et administrer les sacrements, ceux sont les pasteurs qui ont été formés pour cela. Et vous voyez donc bien là, la difficulté pour Luther. Dans cette pensée de la Réforme, il faudrait un pasteur dans chaque maison… chose impossible…

Alors, devons-nous arrêter là notre réflexion. Certainement pas. Tout d’abord, de nombreuses Églises issues de la Réforme sont allés plus loin. Pour parler par exemple, de l’Église adventiste, ce ne sont pas seulement les pasteurs qui prêchent. Et pour ce qui est des sacrements ou actes pastoraux, de façon générale les pasteurs et les anciens peuvent réaliser les mêmes actes pastoraux, sous la responsabilité du pasteur. Nous pouvons donc dépasser le blocage de Luther…

Alors, pour aller encore plus loin, plaçons nous en tant qu’héritier de la Réforme et de réfléchir à comment les petits groupes, groupes de maison et Églises de maison peuvent être une opportunité à vivre.

Tout d’abord, il faut rappeler que tous les spécialistes de la croissance de l’Église font le constat que là où il y a des petits groupes, il y a de la croissance.

« Dans les Églises où des petits groupes fonctionnent avec succès :
- les membres parviennent plus rapidement à la maturité spirituelle;
- moins nombreux sont ceux qui abandonnent la foi ;
- un engagement plus profond en faveur de l’Église et de la population se manifeste ;
- il y a une meilleure entente entre gens de diverses cultures ;
- les dons spirituels sont plus facilement identifiés et cultivés ;
- les gens sans aucun lien avec l’Église sont plus facilement gagnés à la foi. »
Extrait de Pensez grand, pensez petits groupes de David Cox (responsable du département Évangélisation de Fédération adventiste du Sud de l’Angleterre)

Rappelons-nous cette citation de Luther : « Ceux qui veulent être sérieusement chrétiens et confesser l’Évangile en actes et en paroles… ». En fait, il s’agit de voir les petits groupes comme les lieux de vécu concret de ma vie chrétienne, de ma vie de disciple.

doc_AMF_ILU_20120724_mutualisation_rikilo_Fotolia_37122502_XSC’est cette dimension qui a également été comprise par d’autres personnes dans la continuité de la Réforme. Martin BUCER (1491-1551), qui prêcha à Strasbourg à partir de 1523, commença, à titre expérimental, des petits groupes, appelés des Christliche Gemeindschaften et fonctionnant comme de réelles Églises. Il s’agissait d’une recherche d’un retour à l’Eglise primitive. Toutefois, tout comme avec Luther, cette tentative a échoué. Par la suite, Philippe Jacob SPENER (1635-1705), créa des petits groupes de maisons pour la prière et l’étude de la Bible, appelés les collegia pietatis. De même, les Moraves (avec Nicolas Louis Von ZINZERDORF), à partir de 1727 organisèrent de nombreux petits groupes de maison de huit à douze personnes. Dans le réveil méthodiste, John WESLEY (1703-1791) a largement développé l’approche des petits groupes. Il existait plusieurs groupes dans le réveil méthodiste. La bande – Sociétés sélectives, dont l’appartenance était facultative (20% des méthodistes en faisaient partie) et les classes (groupes fondamentaux des méthodistes avec obligation d’appartenance) qui réunissaient dix-douze personnes du même quartier, toutes les semaines.

Pour aller, encore plus en avant dans cette réflexion des petits groupes dans le cadre de la Réforme, nous allons rappeler ici les grands principes du protestantisme :

A Dieu seul la gloire (Sola Deo Gloria)
La grâce seule (Sola Gracia)
La foi seule (Sola Fide)
La Bible seule (Sola Scriptura)
Les Eglises toujours à réformer (Ecclesia semper reformanda)
Le sacerdoce universel

Il serait trop long et ce n’est pas le but de cette réflexion, d’étudier chacun de ces principes, mais regardons ensemble quelle réalité, certains peuvent prendre dans un petit groupe.

Tout d’abord, les Églises toujours à réformer (Ecclesia semper reformanda).
On constate très souvent que lorsque l’on parle des groupes et d’Églises de maison, cela questionne nos définitions et notre vision de l’Église. Chacun pense que l’Église doit être comme ceci, comme cela, que s’il n’y a pas tel élément ou un autre, ce n’est pas une Église… que si les choses ne sont pas faites comme ceci ou comme cela, ce n’est pas une Église… En fait, c’est quoi une Église ?
Alors si nous regardons un peu plus tout cela, si nous osons une autocritique… n’aurions-nous pas à vivre des réformes dans nos Églises. Les petits groupes ne sont pas la solution idéale, mais en faisant autrement, ils nous questionnent sur nos habitudes d’Églises… oups voilà employé un mot qui dérange dans la Réforme. Habitudes… et son synonyme « traditions » n’est jamais loin… Souvenons-nous que ces réformateurs se sont battus contre les traditions de l’Église. Et nous aujourd’hui, sans devoir nous battre, qu’avons-nous à réformer… ?

En partant de cette notion de tradition, on peut aborder un autre principe de la réforme : La Bible seule (Sola Scriptura). On pourrait se demander si parfois, nos Églises ne vivent plus seulement sur le principe de la Bible seule, mais peut-être sur la Bible + ceci + cela… Ce que je trouve personnellement intéressant dans les petits groupes, c’est justement la place que l’on donne à la Bible, à la Parole de Dieu. Chacun est encourager à écouter ce que dit le texte, à partager sa compréhension et échanger sur ce que cette Parole invite chacun à vivre dans sa vie personnelle, dans sa relation à Dieu et aux autres. En fait, il s’agit de voir réellement la Bible comme la seule autorité… et sans avoir besoin de quelqu’un qui serait le garant de la bonne façon de comprendre…

C’était par exemple, le rôle des prêtres qui sont les garants de la bonne façon de faire… en étant un brin provocateur, parfois ne pensons nous pas la même chose du pasteur? Or cela vient en contradiction avec le principe du sacerdoce universel. Ce principe qui veut dire que tous sont prêtres et que cela n’est pas réservé à quelques-uns, Luther le développa à partir de l’Épitre de Pierre :

1 Pierre 2. 5, 9
5 Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la Maison habitée par l’Esprit, pour constituer une sainte communauté sacerdotale, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ.
9 Mais vous, vous êtes la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis, pour que vous proclamiez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière,

Pierre ne s’adresse pas ici à une élite mais à l’ensemble de la communauté. En fait, que l’on soit boulanger ou pasteur (et nous pouvons ajouter informaticien ou médecin, ingénieur ou artisan, mécanicien ou plombier…), on est élu et consacré. On est consacré par Dieu pour un ministère. Nul besoin d’un officiel, d’un spécialiste. Devant Dieu, tout baptisés, nous sommes des prêtres et des sacrificateurs, comme dirait Luther.
Nous ne reviendrons pas sur la tension que nous avons vu tout à l’heure sur la manière correcte dont l’Évangile doit être prêchée… et donc sur la nécessité de personnes formées…
En fait, au travers des petits groupes, nous sommes encouragés à vivre la réalité du sacerdoce universelle. C’est le lieu où chacun est encouragé selon ses dons à les mettre au service de Dieu et des autres…

Alors oui, les petits groupes, groupes de maison et Églises de maison sont en réelle opportunité à vivre, en plus des Églises existantes et sans concurrence, à la fois pour nous pour nos vies de disciples mais aussi pour les autres, dans la dimension du partage de l’évangile.

Pour terminer, revenons sur les origines du terme « Protestant » que l’on utilise aussi pour parler de ceux qui sont les descendants de la Réforme.
Ce terme « protestant » remonte à l’époque de Luther, au moment où la Réforme s’implante en Allemagne. Il a deux origines possibles.
Lors de la Diète de Spire en 1526, l’empereur Charles Quint dut accepter de laisser aux princes allemands toute liberté en matière de religion, bien que la norme fût d’imposer aux sujets la religion des dirigeants au pouvoir. Plusieurs princes et villes libres adoptèrent alors la Réforme. Mais lors de la deuxième Diète de Spire, l’empereur revint sur cette concession. Cela entraina la protestation de cinq princes et quatorze villes libres. Les partisans de la Réforme furent dès lors appelés « protestants ». Telle est l’explication la plus répandus mais ce n’est pas la seule.
En effet, l’étymologie du mot pourrait mettre en lumière une signification différente. Le fait d’être « protestant », du latin « pro » (pour) et « testari » (témoigner), impliquerait d’abord de porter témoignage de sa foi avant de devenir un acte de protestation (par le refus de la messe et du culte des saints, notamment).

Et si notre défi aujourd’hUne Eglise dans ton quartier, un mouvement de disciplesui était justement de redevenir réellement des témoins. Être témoin au autour de nous, idée que l’on retrouve aussi dans le slogan de la Fédération des Églises adventistes du Sud de la France : Une Église dans ton quartier, un mouvement de disciples.
Et si nous avions à nous réformer, à réformer nos vies de disciples, nos vies d’Églises pour être pleinement « protestants » au sens de « témoins »… et si les petits groupes étaient une réelle opportunité de vivre une certaine réforme pour vivre ce témoignage… bien sûr ces réformes sont possibles également dans nos Églises actuelles…
Peut-être avons-nous besoin personnellement d’être à nouveau « formé » comme Dieu forma les premiers êtres humains ? Peut-être avons en tant qu’Églises, d’être à nouveau « formés » afin de former le corps de Christ comme le dit 1 Corinthiens 12.
Jésus appela ses disciples avant sa montée au ciel à être ces témoins… jusqu’aux extrémités de la terre… ça commence déjà par « juste à côté de moi »… avec la puissance du St Esprit. Et si c’était cela notre nouvelle réforme ?